SEPSIS ET MITOCHONDRIE ON FAIT LE LIEN

06 novembre 2020

Des chercheurs du laboratoire Inserm U1231 Lipides Nutrition Cancer (Université de Bourgogne / Agrosup Dijon) viennent de découvrir une nouvelle cible pour le diagnostic et le traitement du sepsis et du choc septique. Trois questions à Charles Thomas pour mieux comprendre. Les résultats sont publiés dans The Journal of Clinical Investigation

Le Sepsis en chiffres 

Le sepsis est la première cause de mortalité en service de réanimation et l'une des premières causes de mortalité à l’hôpital.
 

  • 30 millions de personnes sont concernées (chiffres OMS)
  • 6 millions de décès dans le monde (chiffres OMS)

 

3 questions à Dr Charles Thomas enseignant-chercheur Université de Bourgogne (UMR 1231 Inserm/Université de Bourgogne/Agrosup Dijon).

 

Expliquez-nous cette découverte, en quoi est-elle fondamentale ?

 

Dans le cadre de cette étude, nous apportons un nouvel éclairage sur le fonctionnement mitochondrial dans les monocytes et les macrophages (les cellules clé de l’immunité innée) ce qui n’avait jamais été réalisé auparavant.

En effet, cette étude révèle un rôle inattendu des mitochondries et notamment des protéines contrôlant leur recyclage, dans la réponse immunitaire innée et la protection contre le sepsis et le choc septique.
Plus précisément, les mitochondries jouent un rôle essentiel, elles fournissent l’énergie nécessaires aux cellules et contribuent également au bon fonctionnement des cellules immunitaires.
Ces dernières font l’objet ensuite d’un recyclage permanent dans les cellules, ce processus est nommé mitophagie.

Des défauts de la mitophagie ont été décrits lors de pathologies neurodégénératives telles que la maladie de Parkinson. Une réduction de la mitophagie est généralement considérée comme délétère pour la cellule. Dans notre étude, nous avons mis en évidence une réduction de ce processus recyclage des mitochondries. De manière inattendue, nous avons montré que cette réduction de la mitophagie dans les monocytes et les macrophages n’est pas délétère. Au contraire, elle a un rôle protecteur dans le contexte du sepsis en contribuant à l’activation des macrophages, à la défense contre les infections bactériennes et la protection contre le sepsis.

Ces recherches sont une partie de la clé pour améliorer le diagnostic du sepsis et le développement de nouveaux traitements ciblant le recyclage des mitochondries (mitophagie) dans les cellules immunitaires de patients touchés par le sepsis.

 

Comment avez-vous validé ces hypothèses ?

 

Nous avons mis en place un programme de recherche translationnelle, les hypothèses initiales ont été testées dans un premier temps sur des modèles expérimentaux cellulaires et animaux pour être ensuite validées chez des patients hospitalisés en service de réanimation médicale (étude pilote menée sur 16 patients avec sepsis & 16 patients sans sepsis).

Ce travail a été réalisé en collaboration avec le service de Médecine Intensive et Réanimation du CHU de Dijon, le laboratoire VALMIS de l’UMR PAM de l’Université de Bourgogne, le Centre de Recherche des Cordeliers de l’Université Sorbonne-Paris-Cité, l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) et l’Université de Strasbourg.

 

Grâce à cette découverte, vers quels travaux vous orientez-vous ?

 

Cette découverte ouvre de nouvelles voies à la fois sur le plan de la recherche fondamentale et sur le plan médical.

Nous avons pu montrer sur des modèles animaux que la modulation de la mitophagie avec des agents pharmacologiques modifie la réponse inflammatoire et la survie lors du sepsis. C’est donc un espoir pour le développement de nouveaux traitements visant de nouvelles cibles thérapeutiques jamais exploitées.

Nous allons poursuivre avec une étude qui sera menée auprès de 200 patients volontaires avec et sans sepsis dans le but d’évaluer la meilleure façon de diagnostiquer le sepsis. Et ce, grâce au marqueur spécifique du sepsis que nous avons identifié qui est visible dans les monocytes sanguins (cellules précurseurs des macrophages).

 

Les résultats sont publiés dans The Journal of Clinical Investigation (Patoli D. et al., J Clin Invest, 2020 Oct 5;130996. doi: 10.1172/23)

Figure 1 : Résumé graphique des résultats de l’équipe Lipness (https://www.jci.org/articles/view/130996)

 

 

Figure 2 : Augmentation du potentiel membranaire des mitochondries dans des macrophages activés suite à l’exposition à des bactéries à Gram négatif en raison de l’inhibition du processus de mitophagie (Image : Charles THOMAS, Equipe LIPNESS, Université de Bourgogne - INSERM UMR1231, Dijon, France)


Retour à la liste des actualités
^ Haut de page
Voir Modifier Créer ici
Facebook Twitter Google+ Linkedin Viadeo Delicious StumbleUpon Evernote Scoop it Netvibes