LES PREMIERS MORCEAUX DU PUZZLE DE LA SCHIZOPHRENIE RÉVÉLÉS ?

29 mars 2018

La schizophrénie n’est-elle qu’une simple convention rassemblant sous une même étiquette des maladies psychotiques ayant chacune leur propre cause ? Les travaux réalisés par les équipes de recherche du Pr. Fabrice Berna (Unité Inserm 1114 / Université de Strasbourg) et du Dr Jack Foucher (laboratoire iCube) et parus dans Progress in Neuropsychopharmacology & Biological Psychiatry apportent une réponse sans ambiguïté à cette question.

Ce qu’il est convenu d’appeler « la » schizophrénie rassemble sous un même nom des manifestations cliniques très hétérogènes.
De fait, Emil Kraepelin, l’inventeur du concept, a passé la seconde moitié de sa vie à tenter d’en identifier des entités plus homogènes et Eugène Bleuler, l’inventeur du nom, parlait du groupe « des » schizophrénies. Les classifications internationales (DSM et CIM) ont pendant un temps fait taire la critique en faisant passer la schizophrénie pour une norme. Cependant l’échec de toutes les tentatives pour en identifier la ou les causes et donc à en faire une véritable « maladie » a relancé le débat : la schizophrénie peut-elle se définir par une cause ? Ou n’est-elle qu’une simple convention rassemblant sous une même étiquette des maladies psychotiques ayant chacune leur propre cause ?

Une étude strasbourgeoise publiée le 17 mars 2018 dans « Progress in Neuropsychopharmacology & Biological Psychiatry » apporte une réponse sans ambiguïté à cette question. Le centre de neuromodulation non invasive de Strasbourg (Dr Jack Foucher, CEMNIS, iCube) et l'Unité Inserm 1114 / Université de Strasbourg "Neuropsychologie cognitive et physiopathologie de la schizophrénie" (Pr Fabrice Berna, Inserm U1114) ont conjugué leurs efforts pour comparer deux groupes de patients répondant à la description de « la schizophrénie », mais identifiés de longue date comme des formes cliniques plus homogènes. Ces formes répondent aux noms insolites de catatonie périodique et de cataphasie. Le préfixe « cata » suggère l’altération d’un processus, soit psychomoteur pour la cata-tonie, soit verbal pour la cata-phasie.

Pour en rechercher la ou les causes, les auteurs ont cartographié le fonctionnement de l’ensemble du cerveau en utilisant une méthode quantitative par IRM (imagerie par résonance magnétique). Partant de l’hypothèse que des anomalies du fonctionnement cérébral sont bien à l’origine de la symptomatologie, les auteurs ont cherché à savoir si comparées à des sujets sains, ces anomalies sont communes à la cataphasie et à la catatonie périodique et donc supporte l’idée d’une schizophrénie unique ou si elles leurs sont spécifiques. Dans le dernier cas, cela signifie que les anomalies ne sont pas seulement observées entre des patients catatoniques et des sujet sains, mais aussi entre catatoniques et cataphasiques et inversement.

Les résultats sont sans équivoque : bien que tous les patients soient considérés comme souffrant de « la » schizophrénie, les deux phénotypes n’ont aucune anomalie en commun, en dehors de celle en rapport avec la prise d’un traitement antipsychotique. En revanche, catatonie périodique et cataphasie présentent des anomalies spécifiques et localisées dans des régions cérébrales  pouvant expliquer leurs caractéristiques propres : la catatonie périodique s’accompagne d’une augmentation de l’activité des régions prémotrices gauches qui la différencie non seulement des témoins mais aussi des patients souffrants de cataphasie. Et à l’inverse, c’est une diminution de l’activité dans les régions temporales dédiées au langage qui différencie la cataphasie, non seulement des sujets sains, mais aussi des patients souffrants d’une catatonie périodique.

 

Les chercheurs restent prudents, mais explorent déjà la possibilité que ces anomalies soient de potentiels tests diagnostiques et que leur correction puisse soigner les patients. Car cette approche différenciée va de pair avec un bouleversement complet de la recherche sur des causes et leur traitement. Un immense chantier semble s’ouvrir, porteur d’un formidable espoir !

 

Source
Foucher JR, Zhang YF, Roser MM, Lamy J, De Sousa PL, Weibel S, Vidailhet P, Mainberger O, Berna F. (in press) A Double Dissociation Between Two Psychotic Phenotypes: Periodic Catatonia and Cataphasia. Progress in Neuropsychopharmacology and Biological Psychiatry. édition en ligne le 17 mars 2018.

 

 Contact chercheur
Pr. Fabrice Berna
Unité 1114 Inserm/Université de Strasbourg, Neuropsychologie cognitive et physiopathologie de la schizophrénie, Strasbourg


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