Cancers colorectaux, pourquoi les cellules souches cancéreuses échappent à la chimiothérapie?

21 mai 2021

L’équipe de Michelina Plateroti (Développement, cancer et cellules souches) a rejoint l’unité 1113 Inserm / Université de Strasbourg, Interface de Recherche Fondamentale et Appliquée en Cancérologie fin 2020. L’équipe s’est penchée sur la capacité des cellules souches cancéreuses à échapper à la chimiothérapie, un trait phénotypique spécifique à ces cellules, souvent responsables des rechutes et du mauvais pronostique des cancers colorectaux. Ces travaux sont publiés dans Cancer Research
 

Composée d’une dizaine de personne, l’activité de recherche de cette équipe est focalisée sur une question principale : pourquoi une cellule normale devient-elle une cellule cancéreuse ? L’équipe cherche à comprendre la physiologie d’un épithélium intestinal normal et quels sont les altérations dues aux évènements génétiques, environnementaux ou de stress, qui modifient certaines cellules qui le compose et sont ensuite responsables de la formation des tumeurs.
 
L’équipe « Développement, cancer et cellules souches » travaille plus spécifiquement sur le cancer du côlon qui reste un des cancers les plus fréquents et meurtriers. Une des causes de sa gravité est qu’il est encore détecté trop tardivement. Il est donc essentiel de pouvoir décrire des marqueurs précoces qui permettront de prévenir les formes plus tardives qui sont par conséquent les plus difficiles à soigner.
 
L’équipe s’est penchée sur la capacité des cellules souches cancéreuses à échapper à la chimiothérapie, un trait phénotypique spécifique à ces cellules, souvent responsables des rechutes et du mauvais pronostique des cancers colorectaux.
 
Ces travaux sont publiés dans Cancer Research - Consulter la publication

Michelina Plateroti nous explique les étapes clés de cette publication et la suite des recherches de son équipe sur le sujet.
 
Dans cette publication, Michelina Plateroti et son équipe ont dans un premier temps voulu étudier les conséquences biologiques lorsqu’on soumet un modèle murin à une chimiothérapie. Le résultat montre que certaines cellules y sont sensibles et, comme attendu, meurent alors que paradoxalement d’autres vont se réveiller, s’activer et régénérer l’épithélium que l’on a endommagé avec la drogue.
 
L’étude cellulaire et moléculaire a montré que les réponses à la chimiothérapie pouvaient être modulée dans le cas d’une expression altérée de la protéine Musashi1 (MSI1). L’équipe a analysé d’abord par bio-informatique et après expérimentalement les niveaux d’expression de cette protéine dans les différents types de cancer colorectaux et il s’avère que cette protéine est constamment surexprimée. En effet, cette surexpression est responsable du fait que les cellules deviennent résistantes et que finalement elles ne répondent plus aux traitements.

Grâce aux biopsies de patients, l’équipe a pu vérifier que selon les types de cancer et le niveau d’expression de MSI1 les résultats sont identiques à ceux décrits chez le modèle murin.
 
Fort de ce constat, l’équipe a cherché à savoir si l’on pouvait bloquer l’activité de cette protéine en combinant le 5-fluorouracil*, médicament utilisé en routine dans les protocoles de chimiothérapie des patients atteints de cancer colorectal, avec le Gossypol, une drogue préalablement décrite comme étant un inhibiteur de l’activité de MSI1. Les résultats, bien encourageants et à affiner ultérieurement, montrent que les organoïdes tumoraux, mis en culture à partir de biopsies de patients, sont sensibles au Gossypol et présentent une viabilité cellulaire réduite lors qu’ils sont traités avec cette drogue.

Michelina Plateroti indique : « L’ensemble de ces résultats fournissent un nouvel éclairage sur la biologie et la plasticité des populations cellulaires des glandes intestinales normales et cancéreuses et ouvrent de nouvelles perspectives pour cibler la protéine MSI1 afin d’améliorer les résultats des chimiothérapies. Ces résultats nous font dire que nous sommes dans la bonne direction, il faut aller plus loin dans ce type d’expérience. La prochaine étape est de réaliser les mêmes expériences mais avec une combinaison de drogues plutôt qu’une monothérapie pour se rapprocher davantage aux thérapies reçues par les patients »

 
 
 * solution médicamenteuse utilisée le plus souvent pour le traitement des cancers colorectaux.


Retour à la liste des actualités
^ Haut de page
Voir Modifier Créer ici
Facebook Twitter Google+ Linkedin Viadeo Delicious StumbleUpon Evernote Scoop it Netvibes